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Le doc du mois de novembre

le 05/11/2018

Les trois fils du recteur Pineau

Malgré la signature de l’armistice le 11 novembre 1918, les Poilus n’ont pas été démobilisés immédiatement. Ainsi, c’est seulement le dimanche 31 août 1919 que sont organisées à Poitiers les cérémonies du retour des régiments poitevins. Le préfet, qui en coordonne l’organisation, invite naturellement dans les semaines qui précèdent l’ensemble des autorités locales à figurer avec lui à la tribune d’honneur, placée comme il se doit sur le perron central de l’Hôtel de Ville.


Le recteur, Léon Pineau, est bien sûr du lot, compte tenu de la fonction éminente qu’il occupe depuis 1914 à la tête de l’académie de Poitiers. Contre toute attente, et malgré la solennité du moment, le recteur, par une lettre adressée depuis Noirmoutier le 27 août, décline l’invitation du préfet : « Le courage me manque pour assister à cette cérémonie de retour de nos troupes : aucun de mes [trois] fils, à moi, ne revient, et il y a juste un an à cette époque que mon dernier a été tué. » Cette réponse poignante a été conservée dans le dossier d’organisation de ces cérémonies par la préfecture. Le personnage public qu’incarne le recteur par la nature même de sa fonction était balayé par la douleur : ne subsistait plus que le père pleurant, comme tant d’autres au même moment, ses enfants morts dans les tranchées.


C’est donc sans le recteur Pineau que se déroulent les cérémonies du 31 août. Elles connaissent une ampleur sans précédent à Poitiers : les rues sont pavoisées, les habitants ont abondamment fleuri leurs fenêtres, plusieurs arcs de triomphe ont été dressés, dont un à l’entrée de la place d’armes. Les habitants de la Vienne, et beaucoup d’autres venus de tout le département se massent sur la place d’armes et dans les rues avoisinantes, le long du parcours que suivent les Poilus qui défilent sous les acclamations. Remises de décorations et discours en tout genre ponctuent par ailleurs cette journée qui se termine par des bals un peu partout dans la ville.


Conscient du caractère exceptionnel du moment, le préfet a fait réaliser par un photographe de la Ville de nombreux clichés qui témoignent de l’ampleur que les autorités, mais aussi les habitants eux-mêmes, ont voulu donner à cette journée. Elles sont ensuite rassemblées dans un album avec d’autres clichés pris tout au long de la guerre à la demande du préfet et de ses services, puis solennellement remis aux Archives départementales, où l’album est toujours conservé aujourd’hui.
La presse locale, bien sûr, consacre la presque totalité de ses éditions du lendemain à l’événement. On peut ainsi lire dans L’Avenir de la Vienne daté du 1er septembre : « Dans la foule, bourgeois et prolétaires, nobles aux gants blancs et ouvriers aux mains calleuses, citadins élégants et paysans endimanchés se coudoyaient, se mêlaient, sans répugnance comme sans hostilité ; plus de divisions, plus d’amertume, plus de colère ; tout un peuple uni dans la joie comme il l’avait été dans les souffrances. »


Pendant que la foule des Poitevins se réjouit du retour des soldats dans leurs foyers, à Noirmoutier, un homme seul et son épouse pleurent leurs trois fils : « Nous sommes encore ici pour quelques semaines où nous vivons dans la solitude et le deuil. »


Documents présentés :
-    Lettre du recteur Pineau
-    6 Fi 316-379 : album Ceccaldi
-    3 JX 46 : L’Avenir de la Vienne, édition datée du lundi 1er et du mardi 2 septembre 1919

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